Expositions

Le travail de Doukkane s’inscrit dans une exploration continue de la mémoire des lieux, de leurs transformations et des traces que le temps dépose sur les paysages comme sur les récits. Chaque image devient un espace de résonance, entre ce qui disparaît et ce qui persiste.

Les expositions présentées ici, Un oued traversait ma ville, La Ferme AbandonnéeTrace Casablanca, Souffles d’un Corps Arabe et Taisez Vous, ne sont qu’un fragment d’un travail plus vaste, construit au fil des années, entre archives, territoires et explorations sensibles du réel.

Un oued traversait ma ville

Un Oued Traversait Ma Ville est un projet photographique et de recherche au long cours qui explore la mémoire hydrique et environnementale de Casablanca à travers le tracé de l’Oued Bouskoura — ce cours d’eau qui traversait autrefois le territoire de la ville avant de disparaître progressivement sous la pression de l’expansion urbaine, tout en laissant ses traces dans le paysage, les cartes et la mémoire collective.

Ce projet naît d’une relation intime au lieu. Né à proximité de cet oued, j’ai été témoin de ses transformations et de l’effacement progressif de sa présence naturelle et visuelle au rythme des mutations urbaines. Avec le temps, cette disparition est devenue une question, puis une recherche photographique ouverte: comment les rivières disparaissent-elles des villes ? Un lieu cesse-t-il réellement d’exister lorsqu’il disparaît du regard ?

Le projet associe photographie, recherche de terrain, archives, cartographies historiques et témoignages locaux afin d’interroger la relation complexe entre la ville et son environnement originel. Ici, l’image n’est pas seulement utilisée comme outil documentaire, mais comme un moyen d’excaver des couches de temps et de mémoire.

Au sein des œuvres, différentes temporalités coexistent dans une même image : traces anciennes de l’eau, paysages agricoles, transformations urbaines, nouvelles constructions, corps en mouvement, couches de cartes, d’archives et de documents historiques. À travers ces superpositions visuelles, l’oued devient un espace de réflexion sur la transformation, la perte et la mémoire.

Développé à travers plus de vingt années de recherche, de documentation, de photographie et de collecte d’archives autour de l’Oued Bouskoura, le projet considère le cours d’eau non comme un simple élément naturel, mais comme une composante essentielle de l’histoire de la ville et de sa relation complexe avec la nature.

Un Oued Traversait Ma Ville n’est pas un projet de nostalgie du passé, mais une tentative de poser des questions contemporaines sur l’environnement, l’urbanisation et la mémoire : comment les villes grandissent-elles ? Que perdent-elles au cours de leur développement ? Et que reste-t-il de la nature lorsqu’elle disparaît du paysage visible ?

À travers ce travail, je cherche à rendre l’oued visible à nouveau — non seulement dans l’image, mais aussi dans la conscience collective, comme une présence qui, d’une manière ou d’une autre, continue de traverser la ville et nos mémoires.

Traces casablancA

Abderrahmane Doukkane observe la ville s’étendre impitoyablement sur les champs, recouvrir l’Oued Bouskoura.

Le jeune photographe sillonne les fermes abandonnées, les salles de cinéma fermées, le chantier du tramway, observe des quartiers hypermodernes sortir de terre, tout rutilants de verre, tandis qued’autres s’effritent de décrépitude. Sa tendresse va à la nature bafouée, au passé oublié, au point qu’il reconstitue des images à l’ancienne, dans l’esthétique des plaques de verre. Pour prolonger aujourd’hui le charme d’antan.

Humble, il dit simplement : « J’ai suivi l’oued ».

Kenza Sefrioui – Casablanca Nid d’Artistes

La Ferme Abandonnée

Les fermes abandonnées de Bouskoura ne sont pas de simples ruines ni des espaces laissés à l’abandon, mais des fragments de la mémoire du territoire et de la ville. Elles constituent les traces silencieuses de profondes transformations environnementales et urbaines qui ont modifié le cours de l’Oued Bouskoura et redéfini la relation entre l’homme et son milieu naturel.

À travers l’objectif d’Abderrahmane Doukkane, ces lieux deviennent une archive visuelle ouverte : des espaces qui enregistrent le passage du temps, la disparition des modes de vie agricoles et les tensions entre la nature et l’expansion urbaine. Les images ne recherchent ni le spectaculaire ni une nostalgie facile ; elles approchent le lieu avec une attention visuelle sobre, captant la lumière et l’ombre, les murs fissurés, les champs délaissés et les traces d’une présence humaine qui continue d’habiter les détails malgré l’absence.

Dans cette série, la photographie dépasse la simple fonction documentaire pour devenir un espace de réflexion sur la mémoire, la perte et la persistance des traces. L’intime et le collectif s’y croisent, tandis que le paysage apparaît comme un support de temporalités multiples, où subsistent encore les vestiges d’une vie ancienne résistant à l’effacement.

Les fermes abandonnées ne représentent pas ici la fin d’une histoire, mais une possibilité de repenser notre relation à la terre, à la mémoire et au paysage. Elles invitent à regarder autrement ce qui a été perdu, ainsi que la capacité de l’image à réactiver la présence du passé dans le présent, à la frontière entre démarche documentaire, pratique artistique et contemplation sensible.

souffles d'un corps arabe

Dans un monde arabe pris dans les bouleversements des révolutions, une jeune génération émerge avec des aspirations à la dignité et à l’ouverture sur le monde. Ces révolutions ont conduit certaines sociétés vers davantage de démocratie, de respect de l’autre et de sa liberté. Cette évolution transformera sans aucun doute notre rapport au pouvoir, à la religion et aux composantes de notre identité collective, y compris notre rapport au corps, source à la fois de plaisir et de souffrance.

Le projet consiste en une série de photographies qui dépeignent la condition humaine dans le monde arabe : son âme, son corps et son cri, un cri appelé à résonner à travers le monde.

Taisez Vous

J’ai tracé un mur des rectangles d’affiches électorales et dans ces rectangles j’ai collé une série de photos qui interrogent l’opinion sur le sort des plus démunis de la société moderne, ces mêmes photos réalisées sous formes d’affiches.
Chaque fois les politiciens donnent des promesses pour un avenir meilleur mais en réalité tout ce qui nous attend d’eux n’est autre qu’encore plus de vie misérable.

Taisez-vous ! Mon Vote à moi, j’ai décidé de l’offrir directement pour ces démunis, ces marginaux sans ressources, ni véritable occasion de sortir de leur impasses…

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